Cette idée m’est venue il y a quelques années déjà à l’occasion d’un diner en famille. Je donnais le biberon à mon neveu, le tenant dans mes bras. Je devais être totalement à ce que je faisais puisque quelqu’un lança à son voisin de table :

C’est formidable les pères d’aujourd’hui, ça s’occupe des enfants, c’était pas comme ça à notre époque

voisin de table qui lui fit tout de même remarquer, que bien qu’un peu plus âgé, lui aussi s’occupait des ses enfants à l’époque.

Alors il m’est venu la réflexion suivante :

Non, je ne suis pas un papa moderne.

C’est quoi cette idée qui viserait à associer une notion de modernisme à la paternité?
C’est pas comme cela que je vois les choses.
Dirait-on à un boulanger que c’est formidable les boulangers d’aujourd’hui qui font du pain?
Non, c’est une question de responsabilité, de faire son taf!
Les gens me payent pour avoir des croissants alors je me lève chaque matin pour mettre de la farine dans mon pétrin. Mais si je passe tant de temps à faire ma comptabilité que je doive déléguer la fabrication à une tierce personne alors je fais un travail de comptable mais surement pas de boulanger. Mais je m’égare.
Ce qui m’ennuie, puisque je reconnais que les mœurs évoluent avec le temps, c’est l’idée de se justifier par l’époque.

Et tu changes aussi les couches?

Ben non voyons, j’ai du personnel de maison pour ça!
A ce que je sache il n’y a pas de gène prédéterminé pour supporter l’odeur du caca, ni pour mettre une couche à l’endroit d’ailleurs.
Et puis à la limite c’est pas ça le problème. On ne jauge pas la qualité d’un parent au nombre de vomis étalés sur l’épaule (je parle de ceux de bébé bien entendu).

Historiquement, la femme s’occupe de la maison

C’est vrai qu’à l’époque de Charles Ingalls les rôles étaient distribués en fonction des capacités physiques de chacun. Les hommes à la ferme et les femmes au linge, si ce n’est aux deux.
C’est vrai aussi que dans certaines familles, madame ne travaille pas (en entreprise, on s’entend) et endosse le rôle de tenue de la maison.
Quoi qu’il en soit, il est difficile de justifier aujourd’hui une absence d’implication dans ses responsabilités paternelles au seul motif qu’on a travaillé toute la journée.
Bon je reconnais qu’après avoir ramassé du foin 16 heures durant ou après avoir maçonné au ciment on est moins enclin à supporter une deuxième vie le soir venu.

Et si chacun y trouve son compte?

Et puis chacun fait comme il veut. Chacun fait selon ses disponibilités et ses capacités, le tout est de savoir le reconnaitre.
Je ne suis pas un papa moderne parce que je suis un papa tout court. C’est pas moi qui suis moderne, c’est la société qui change son regard sur les rôles attribués à chacun.
Mais si ça pouvait aller un peu plus vite …

crédit photo linhnguyen